Paresse. Histoire d’un péché capital, Armand Colin, 2013

GetInlineUne petite flemme, une bonne sieste, un temps de farniente. Qui n’a pas rêvé de ces légèretés par un bel après-midi ensoleillé ? Une douce paresse, une échappée belle font sourire ; elles ressemblent à des enfantillages.
Mais il existe aussi des paresses qui vous prennent à la gorge. Comme ces réveils matinaux, à l’heure où blanchit la chambre à coucher, lorsque les pesanteurs de la journée qui pointe clouent sous la couette les plus entreprenants. Voilà l’acédie, cette « peste de l’âme », un péché capital. L’engourdissement, le découragement poussent à ne rien faire.
Dans cette histoire, la morale tient une place essentielle. Qu’il s’agisse d’employés fainéants, de tire au flanc à l’école ou des hordes vagabondes, le discours dominant bégaie : tous des fainéants et des parasites ! Cette paresse-là est mère de tous les vices.
Dans le camp adverse, « Le droit à la paresse » encourage la rébellion : demain le soleil se lèvera pour nous ! L’appel peut ragaillardir les révolutions. Ses partisans trouveront dans le refus de travailler la force de conquérir la liberté et d’accéder à la dignité. La paresse conquiert alors sa valeur positive, celle dont censeurs et exploiteurs l’avaient privée, soucieux de ne faire d’elle qu’un vice ou une stratégie du moindre effort. Ce refus d’obéir et de se soumettre, cette aspiration à se réaliser dénoncent l’oppression de ceux qui vivent dans l’enfer de la subordination. La paresse devient alors une voie de salut, la mère de toutes les vertus.
La paresse nourrit aussi bien des utopies ? Qui n’a pas préparé une retraite bienheureuse et au chaud, pour y reposer une fois vieux ? Relax’, laisser-aller, décontraction, délassement, abandon, vacance permanente, bref le bonheur d’un retraité qui profite de la douceur de sa pension en faisant tous les jours la grasse matinée. Le pays de Cocagne s’érige en projet. « Fais ce que veux » est un ange immortel qui embellit les heures de l’après-travail. Et des au-delà du réel.
Visuel PARESSE

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